Nov 2002
  La newsletter pour acheteurs et fournisseurs de pièces de fonderies et forges
     
  LA SOUS-TRAITANCE SOUS LA DICTATURE DES PRIX
 
     
 

par Daniel Coué pour MIDEST

Depuis de nombreuses années déjà, on constate dans tous les pays de l'Union Européenne, une tendance très forte à la limitation voire à la baisse des prix pratiqués sur les marchés de la sous-traitance. Cette tendance semble s'être encore renforcée au cours de la dernière période, comme le montrent les courbes reproduites ci après. Elles recouvrent évidemment des situations économiques sensiblement différentes en dépit de l'imbrication croissante des économies. Mais un seul coup d'œil permet de vérifier que partout, un important décalage s'est creusé entre les niveaux de prix enregistrés par l'ensemble des industries manufacturières d'une part et les secteurs de sous-traitance d'autre part, au détriment de ces derniers.

Cette évolution est évidemment très préjudiciable à la rentabilité des entreprises de sous-traitance. Elle constitue une menace directe pour l'emploi dans ces activités et pour l'investissement. A terme, c'est donc la compétitivité de la sous-traitance européenne qui est en jeu... Et, par ricochet, celle de l'industrie européenne toute entière.

C'est donc un véritable phénomène de dégradation des termes de l'échange que les statistiques mettent en évidence. En tant que tel, ce phénomène est porteur de sous-développement pour les secteurs de sous-traitance dont la plupart sont constitués de PMI dynamiques et innovantes. C'est, à terme, la solidité du tissu industriel européen qui peut s'en trouver menacé. Un immense potentiel technologique, indispensable à la réussite économique de l'Europe, risque de se perdre.

Classiquement, cette érosion est expliquée par des rapports de force chroniquement défavorables aux sous-traitants. Cette analyse n'est évidemment pas fausse. Mais elle ne permet pas entièrement de dire pourquoi la dégradation des prix s'accentue...

Deux causes supplémentaires doivent être désormais prises en compte :

1/ LA MONDIALISATION DES MARCHES

La libéralisation des échanges à l'échelon mondial n'est évidemment pas une évolution négative. Elle ouvre de nouveaux débouchés à l'industrie européenne. Mais elle accroît du même coup les pressions concurrentielles. Et ce fait même donne des armes aux donneurs d'ordres dans leurs négociations avec leurs fournisseurs.

La pression sur les prix se fait d'autant plus forte que les possibilités de transfert de commandes vers les pays à bas salaires sont plus aisées. Mais il faut remarquer qu'aujourd'hui, les secteurs peu technologiques ne sont plus les seuls menacés par cette tendance. La numérisation des procédures et le développement des nouvelles techniques d'échanges de données informatiques ouvrent la possibilité de transferts dans pratiquement tous les domaines, y compris les plus élevés en technologie. Par exemple, dans la confection textile de haut de gamme, dans le montage de cartes électroniques, dans la mécanique de précision, dans la réalisation de moules pour la plasturgie ou d'outillages de presse...

La culture industrielle, la connaissance et l'expérience des hommes jouent un rôle de moins en moins important. Les savoir faire et l'intelligence se trouvent consignés dans les systèmes électroniques de commande des machines.

Remarque : Certains donneurs d'ordres n'hésitent pas à profiter de cette situation nouvelle. Ils commandent une première pièce ou une pré-série à un fournisseur européen et exigent que celui-ci leur communique les programmes de fabrication. Puis ils confient ces programmes à un sous-traitant "exotique"... Ce comportement, de plus en plus répandu, constitue un véritable vol de savoir faire. Il dépossède les sous-traitants européens des seuls atouts qui leur restent bien souvent face à la concurrence internationale. Et il y aurait donc lieu de faire en sorte que ces clauses et pratiques abusives soient d'avantage dénoncées et sanctionnées.


2/ LE SYSTEME DES PRIX OBJECTIFS

La nécessité de renforcer leurs compétitivités sur des marchés mondiaux de plus en plus concurrentiels ont incité les donneurs d'ordres à développer de nouvelles techniques d'achats plus rigoureuses et plus volontaristes.

Auparavant, celles-ci étaient pratiquement toujours basées sur le système des appels d'offres ou des " quasi appels d'offres " orienté vers la recherche et la sélection d'un "moins disant" ou d'un "mieux disant" en fonction d'un certain nombre de critères prédéterminés. Ce principe, même s'il n'était pas parfait, permettait en général d'établir un "juste prix", correspondant aux prestations demandées.

L'initiative des prix revenait, comme il est naturel, au vendeur, c'est à dire au sous-traitant. Et c'est, au vu de cet "affichage" que le client (le donneur d'ordres) fixait normalement son choix.

C'est en principe comme cela que doit fonctionner une économie de marché... Cela n'exclut évidemment en rien la négociation ou même le marchandage qui ont surtout pour rôle d'affiner les modalités de la transaction. L'important, c'est que le prix, serve effectivement de régulateur entre l'offre et la demande.

La technique des "prix objectifs" est apparue d'abord au Japon (en particulier dans l'électronique, l'optique et l'automobile). Puis elle a été progressivement adoptée par de grands groupes internationaux. Parfois rebaptisée "Global Sourcing", elle a notamment défrayé la chronique (et suscité de nombreuses protestations !) lorsqu'elle fut mise en œuvre, sous l'égide de Monsieur Ignacio Lopez, d'abord chez GM puis chez Volkswagen... Elle se propage maintenant à tous les secteurs d'activité. Et même chez les "petits donneurs d'ordres".

Or cette méthode est économiquement nocive et dangereuse. Elle consiste en effet à déterminer le prix d'achat maximum de chaque pièce ou sous ensemble par décomposition du prix de vente du produit final défini par les études de marketing.


Le résultat est double :


1/ d'abord, il s'agit d'un système de type autoritaire. De ce fait, il aboutit inévitablement à une pression à la baisse des prix.

2/ On se trouve désormais dans une situation où le vendeur est privé de toute initiative. C'est l'acheteur qui affiche le prix, qui prédétermine la valeur des prestations. On se situe dans une sorte d'"économie dirigée virtuelle" où, de fait, la libre formation des prix n'existe plus. Il y a là un risque très important de sclérose économique qui pourrait se révéler préjudiciable au bon fonctionnement des marchés de sous-traitance et, par voie de conséquence, à la vitalité de l'industrie européenne.

C'est un facteur supplémentaire de fuite d'activités, d'emplois et de technologies vers des régions où les entreprises peuvent trouver des conditions de coûts d'exploitation plus avantageuses.


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Si cette étude vous a intéressé, si vous avez des critiques, si vous souhaitez des précisions... Merci de me contacter.

Daniel Coué
80 rue La Condamine. - F 75017 PARIS.
Tel. / Fax : 33 (0)1 42 94 80 32
E-mail : danielcoue@club-internet.fr

Les courbes ci dessous ont été réalisées sur la base des données publiées par Eurostat. Il s'agit de séries d'indices de prix (base 100 = 1995). En vert = industries manufacturières. En rouge = sous-traitance (moyenne de la transformation des métaux, des plastiques et du caoutchouc). Les données relatives à l'Irlande ne sont pas disponibles.

 

Daniel Coué
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